Castillo

SITUATION

 

La grotte d’El Castillo est située sur le versant nord-est de la montagne du même nom, dans la commune de Puente Viesgo (Santander, Cantabrie). Elle figure sur la carte au 1:50.000 de l’Institut géographique et cadastral, feuillet n° 58 (Corrales de Buelna). Ses coordonnées sont : longitude 0° 16’ 3’’ ouest, latitude 43° 17’ 34’’ nord. Les coordonnées UTM sont : 421785 et 4793955. Son développement actuel est de 759 m. Le Monte del Castillo, qui présente la forme naturelle d’un mammouth, abrite également plusieurs grottes ornées, dont Las Chimeneas, La Pasiega (3 réseaux) et Las Monedas sont les principales. L’entrée de la grotte d’El Castillo se trouve à 195 m d’altitude. La cavité comporte une série de salles et de couloirs de dimension et de volume très variables, aisément accessibles, formant autant d’espaces distincts. H. Breuil leur a donné un nom que nous avons repris par commodité. Nous y avons ajouté d’autres noms, lorsque les espaces étaient suffisamment isolés.

 

La grotte ornée d’El Castillo est l’un des sites majeurs de la préhistoire européenne, tant du point de vue archéologique que du point de vue artistique. Outre sa stratigraphie, qui s’étend du Paléolithique moyen ancien jusqu’à l’Âge du Bronze, elle comprend presque 3.000 entités graphiques dessinées, peintes ou gravées, distribuées sur l’ensemble de ses parois, à travers tout le réseau.

 

HISTOIRE DES RECHERCHES

 

La grotte a été découverte le 8 novembre 1903 par Hermilio Alcalde del Río, qui en a assuré la première étude en 1906. La même année, Henri Breuil analyse les motifs pariétaux peints et gravés au cours de plusieurs campagnes. Les résultats seront publiés par H. Alcalde del Río, H. Breuil et L. Sierra en 1912, dans une monographie consacrée aux Cavernes de la région cantabrique. Les recherches étaient faites dans le cadre du nouvel Institut de Paléontologie humaine, et l’ouvrage publié par les soins du Prince Albert Ier de Monaco dans la collection des Peintures et gravures murales des cavernes paléolithiques. Le site s’est également avéré important dans l’histoire des recherches, puisque c’est, entre autres, dans la grotte d’El Castillo que Breuil va concevoir et appliquer sa méthode de la « stratigraphie pariétale », grâce à laquelle il proposera un cadre chronologique pour l’art du Paléolithique supérieur.

 

Le gisement archéologique situé dans le porche de la grotte d’El Castillo a livré une séquence stratigraphique riche de 26 couches, qui se développe sur 20 m d’épaisseur. Après un premier sondage effectué par H. Alcalde del Río, le gisement a été fouillé par Hugo Obermaier, avec l’aide occasionnelle de Paul Wernert et de Jean Bouyssonie, entre 1910 et 1914 (Breuil & Obermaier, 1912 ; id., 1913 ; id., 1914). En 1950, Jesus Carballo y a ensuite refait un nouveau sondage. Enfin, en 1980 Victoria Cabrera Valdés et Federico Bernaldo de Quirós ont repris la fouille de deux témoins conservés intacts. À cette occasion, V. Cabrera a publié les carnets de fouilles, restés inédits, de H. Obermaier et entrepris la révision des données archéologiques et chronostratigraphiques du gisement (Cabrera Valdès, 1984 ; Cabrera Valdés et al., 1996). À l’occasion du centenaire de la découverte, un colloque international a été organisé à Santoña sur les Néandertaliens et la question de la transition du Paléolithique moyen et supérieur de Castillo par V. Cabrera Valdés, F. Bernaldo de Quirós et J.M. Maíllo Fernández. Il a été publié en 2006.

 

Depuis les travaux pionniers de H. Alcalde del Río et de H. Breuil, la grotte elle-même a été peu étudiée. Il faut toutefois mentionner les contributions d’Eduardo Ripoll Perelló (1956, 1972), dont les travaux sont malheureusement restés largement inédits, celui de Reynaldo González (2001), qui reprend pour l’essentiel les motifs déjà publiés, et ceux d’Alberto Mingo Álvarez (2009, 2010), dédiés à l’étude des signes de la cavité. On doit enfin mentionner des contributions touchant des aspects plus ponctuels ou de nouveaux motifs (e.a. González Echegaray & Moure Romanillo, 1970 ; González Echegaray, 1972 ; Martínez Bea 2001-2002 ; Múzquiz, 1990 ; Garate Maidagan, 2006 ; Tosello et al., 2007 ; Ruiz Redondo, 2010). En fait, la richesse de ce site majeur demeure aujourd’hui encore largement méconnue, et un travail de synthèse s’imposait donc. Nous l’avons entamé dès 2003, à l’occasion du Centenaire de la découverte de l’art pariétal de la grotte.

 

DESCRIPTION DES ESPACES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après avoir franchi le Vestibule, où ont été effectuées les fouilles archéologiques, le visiteur débouche dans la Salle A, d’environ 20 m de long, 13 m de large et de 8 à 10 m de haut, suivant les endroits. L’entrée d’origine devait se trouver à proximité de l’entrée actuelle, même si sa hauteur exacte n’est pas connue. Des ouvertures ont été repérées lors des premières fouilles, mais elles se trouvent sous les niveaux du Paléolithique supérieur récent (Magdalénien) et ne peuvent donc pas avoir été exploitées durant cette période. Une autre ouverture existe également à gauche de l’entrée actuelle. Elle est actuellement obturée par un bouchon de pierre et de mortier. Elle pourrait avoir servi pour entrer dans la grotte, mais elle aurait exigé d’escalader un talus sans doute relativement raide. Une cascade stalagmitique relativement raide devait mener le visiteur préhistorique dans la Salle A, dont le sol a été aménagé à l’époque moderne. Les premières publications mentionnent une surface irrégulière parsemée de blocs calcaire. Le passage vers la Salle A proprement dite se fait aujourd’hui à travers un sas et par un escalier en béton d’une vingtaine de marches. Le sol de cet espace a donc été régularisé par apport de sédiments et enlèvement de blocs au sol. Le fond de la Salle A est formé de niches peu profondes, qui comportent de nombreuses gravures et des traces de peintures. Au fond et à gauche de cette salle, le Diverticule, qui la prolonge, se présente comme une galerie en cul-de-sac de 33 m de long, de 8 à 12 m de large suivant les endroits et d’environ 4 m de haut. Le Diverticule commence au niveau d’un bloc rocheux résiduel contre la paroi gauche, qui comprend notamment de nombreuses gravures (le Palimpseste). Au fond et à droite de la Salle A, une fenêtre débouche sur une rampe étroite et pentue non aménagée, de 21 m de long (le Toboggan), qui conduit directement à la Salle B. Des animaux y ont été gravés, ainsi que (dans sa partie basse) les célèbres signes campaniformes peints en rouge.

 

À l’avant de la salle A, l’Entrée gravettienne se présente comme une longue galerie arquée qui passe sous l’entrée actuelle. Sa longueur totale est d’environ 40 m, sa largeur d’environ 5 m et la hauteur fait en moyenne 2,5 m. On peut subdiviser cet espace en trois parties. La première – le Couloir des Gravures – comprend de nombreuses figures animales gravées, en particulier dans des concavités du plafond (le Médaillon et la Conque). La troisième – le Couloir des Dépôts – est une galerie non ornée qui mène au Panneau des Polychromes. Les parties 1 et 3 sont articulées par une petite salle au plafond surbaissé (la Salle aux Empreintes), à l’avant de laquelle un espace en recoin comporte les deux premiers signes quadrangulaires du réseau.

 

À droite de la Salle A, deux volées d’escalier permettent aujourd’hui de gagner un niveau inférieur de la grotte. L’escalier de droite mène successivement au Panneau des Polychromes, au Bas-Côté, puis au Plafond des Mains. La rampe de 20 m de long qui y conduit est aujourd’hui complètement aménagée pour faciliter les visites touristiques. Le Panneau des Polychromes et le Plafond des Mains ont été abondamment décorés de peintures et de gravures. Le Plafond des Mains, qui est l’un des secteurs les plus ornés, se présente comme un entonnoir de 8,5 m de long sur 7,4 m de large au niveau de son entrée, et dont la hauteur varie de 2,4 m (à l’entrée) à 1,6 m (au fond). Il ouvre à droite sur une diaclase étroite au plafond orné de quadrangulaires cloisonnés rouges (le Recoin des Tectiformes) et à gauche sur une galerie au plafond surbaissé (la Galerie des Mains). Longue de 27 de mètres et large de 3, sa hauteur est de 1,20 à 1,80 m. Elle rejoint la Galerie des Disques avec, en milieu de parcours, un passage surbaissé en siphon et une petite salle basse de plafond, peu ornée, de 8 m de long et de 0,80 m de haut. Ce siphon a été franchi durant la période ancienne du Paléolithique supérieur, comme en attestent les traces d’impacts sur la voûte et la présence de mains négatives de part et d’autre de cet obstacle.

 

L’escalier de gauche, qui part de la Salle A, longe une salle jonchée de 32 m de long, 7,5 m de large et 4,7 m de haut, jonchée d’énormes blocs effondrés (la salle du Chaos). Cet escalier mène à une voie de passage aménagée aujourd’hui en un couloir qui débouche dans la Salle B. Celle-ci mesure 6,5 m de long, 14 m de large et environ 5 m de haut ; c’est là que se trouve le pilier stalagmitique figurant un homme-bison. Cette salle constitue une zone centrale de la grotte, puisqu’il faut nécessairement y passer pour atteindre les parties profondes du réseau. Vers elle convergent la voie d’accès de la Salle du Chaos, le Toboggan, mais aussi le Carrefour ; et d’elle partent, à gauche, la Corniche aux Bisons et, à droite, la Mezzanine. La Corniche aux Bisons est un étroit passage de 6,5 m de long, où se trouvent entre autres les deux bisons noirs qui lui ont donné son nom. Le passage débouche, avec un dénivelé de plusieurs mètres, dans la Salle C. Un escalier de pierre de quelques marches rappelle que les touristes du début du 20e siècle y passaient encore, ce qui explique sans aucun doute la dégradation de plusieurs dessins noirs de caprinés sur les parois de l’endroit (le Mur aux Chèvres). La Mezzanine, quant à elle, est un petit espace orné étroit de 5,5 m de long, limité par de hauts piliers stalagmitiques. On y accède aujourd’hui par un petit escalier en béton. Bien que la Mezzanine débouche dans la Salle C, les Paléolithiques ne l’ont vraisemblablement pas empruntée pour poursuivre leur cheminement dans la grotte. Entre le sol de la Mezzanine et la salle C proprement dite, on relève, en effet, une différence de plusieurs mètres. Enfin, une troisième voie (le Tunnel) conduit encore de la Salle B à la Salle C. Elle passe sous un plancher stalagmitique surcreusé il y a plusieurs décennies, de 5,7 m de long et 5 m de large. Les touristes l’empruntent actuellement pour atteindre les zones profondes de la grotte. Même si ce passage devait être malaisé durant le Paléolithique, il ne fait cependant aucun doute qu’il a été utilisé à l’époque, comme le démontrent les nombreuses traces rouges qui s’y trouvent. Après la Salle B, la grotte se prolonge en un conduit sinueux, qui se dilate jusqu’à former des salles de dimensions variables (Salles C et D). La Salle C débute par un espace en recoin (la Bauge aux Ours) de 3 m de long sur 3,5 m de large et 1,8 m de haut, dans lequel on pénètre par une ouverture étroite. En sortant de la Bauche aux Ours, on pénètre dans la salle proprement dite par un goulot formé à droite d’une cascade stalagmitique raide descendant de la Mezzanine et à gauche d’un pendant rocheux. La salle mesure 4,6 m de long, 11 m de large et 7,5 à 9 m de haut.

 

Quelques marches en béton descendent ensuite vers la Salle D, qui comportait un puits aujourd’hui comblé. Ses dimensions sont de 14 m de long, de 8,8 m de large et de 10 à 15 m de haut. Dans cette salle, le Balcon des Chèvres, perché à 5,5 m du sol, est un massif résiduel suspendu que les Paléolithiques ont orné en empruntant une rampe étroite et assez raide qui part de la Salle C. La Salle D est sans doute l’espace le plus difficile à comprendre. Il est établi que certains groupes paléolithiques ont suivi la même voie que les visiteurs actuels jusqu’au puits, puisqu’une diaclase située à gauche de l’entrée de la salle y a été ornée. Le décor est, en revanche, totalement absent dans le reste de la salle. Pour gagner les secteurs plus profonds de la grotte, les visiteurs paléolithiques ont sans doute dû contourner le Puits par la droite, d’autant que celui-ci était bordé du côté droit par une cascade stalagmitique, aujourd’hui entaillée pour aménager le sentier suivi par les visiteurs. Si bien qu’il est permis de penser que les groupes préhistoriques ont plutôt escaladé un massif concrétionné de la Salle C pour accéder à et traverser la Salle D. Ce passage ne devait pas être aisé, pourtant il est intéressant de remarquer que cette voie était encore pratiquée il y a quelque 70 ans, comme nous l’a confié Joaquín González Echegaray.

 

Aujourd’hui, le visiteur quitte la Salle D en montant d’abord et en descendant ensuite deux volées d’escaliers en béton d’une quinzaine de marches chacune. Il débouche dans un espace circulaire mis en valeur par de minces piliers stalagmitiques (le Carrousel). Cet espace mène directement à la Galerie des Disques, couloir rectiligne d’environ 75 m de long, 2 à 6 m de large et 9 à 11 m de haut suivant les endroits. Cette imposante galerie est connue pour les quelque 191 disques rouges qui en jalonnent le parcours, mais aussi pour son mammouth peint en rouge qui la termine. Après un passage étroit, élargi au 20e siècle, le réseau aboutit à la Salle Finale, dans laquelle on descend actuellement par un escalier en béton. Elle est longue de 13 m, large de 10 m et haute de 10 m. La présence à cet endroit de disques rouges démontre une intégration de l’espace souterrain de la grotte beaucoup plus importante qu’on ne l’a pensé.

 

Le dernier secteur de la cavité, non aménagé, est le Tréfonds, qui comprend des traces anthropiques et deux chevaux gravés au sol. On y accède en descendant dans le Gouffre, à 3,70 m du sol de la Salle Finale. Après un passage étroit, un couloir sinueux (le Couloir des Humains) d’une vingtaine de mètres de long, de 2,5 m de large et de 7 m de haut mène, à gauche, vers la partie antérieure du Tréfonds et, à droite, à la partie profonde du Tréfonds. La partie antérieure s’ouvre par une chatière et comporte trois petites salles consécutives, dont la dernière est en cul-de-sac. Leurs dimensions varient de 4 à 7 m de long. La partie profonde débute par une puissante cascade stalagmitique (la Grande Cascade), dont la partie inférieure est ornée de tracés digités. Après l’avoir escaladée, on débouche dans la Grande Salle, riche en concrétions, au bout de laquelle un dénivelé d’un peu moins de 1,5 m environ conduit au dernier espace accessible de la grotte (la Salle en contrebas). Cet espace est fermé par une paroi stalagmitique abrupte de plusieurs mètres de haut, qui ne semble pas avoir été escaladée aux époques préhistoriques. Aucune trace anthropique ancienne n’y a, en tout cas, été décelée.

 

Castillo : données sur la grotte

APPROCHE METHODOLOGIQUE

 

Nos travaux, menés depuis 2003, comportent deux projets à raison de plusieurs missions par an sur le terrain : l’étude complète des manifestations esthétiques de la grotte et l’analyse de ses traces anthropiques. Le travail a consisté en un réexamen complet des parois et des sols du réseau, afin de constituer le corpus documentaire le plus exhaustif possible, tant des tracés que des traces et des dépôts (Groenen, 2014). Tous les documents ont été enregistrés et photographiés, non seulement pour eux-mêmes, mais aussi par rapport à leur situation sur la paroi et dans le réseau. Chaque document a été analysé à plusieurs reprises sur le terrain. Les parois ont été réexaminées à des périodes différentes de l’année, car la lisibilité des motifs (peints, en particulier) varie en fonction du degré d’humidité. La volonté d’exhaustivité nous a amenés à suivre l’évolution technologique des techniques d’imagerie numérique, afin de faire apparaître des tracés « éteints » ou rendus peu visibles par la calcite. Les résultats se sont affinés avec les performances que permettent les dernières générations d’appareils numériques (Nikon D700, D800 et D810). L’exploitation des images au moyen du logiciel Photoshop nous permet d’augmenter la lisibilité des motifs et de remonter les images de grands espaces, ce qui peut s’avérer précieux pour l’enregistrement et l’analyse des caractéristiques des parois et des espaces. Enfin, les nouvelles technologiques volumétriques (3D) (Groenen & Warzée et al., 2008) et les analyses en laboratoire de pigments ont également été testés (Groenen & Groenen, 2015 ; Groenen & Delplancke et al., à paraître).

 

Au cours de notre travail, nous avons constamment cherché à comprendre les relations entre les espaces et les motifs pariétaux. Tous les espaces de la grotte ont donc été photographiés et analysés au plan morphologique, avec la volonté d’approcher le mieux possible les caractéristiques spatiales des différents secteurs avant les nombreux aménagements réalisés au 20e siècle. Les transformations les plus importantes ont été faites à partir des années 1960 (installation de plusieurs réseaux électriques, pose de voies d’accès et d’escalier en béton après les escaliers en pierre…) et nous avons pu bénéficier d’informations précieuses de la part de Chéma (ancien responsable des grottes du Monte del Castillo) – qui nous a accompagnés dans notre travail jusqu’en 2006 –, mais aussi de Joaquín González Echegaray – entré pour la première fois dans la grotte dès la fin des années 1930.

 

LES OCCUPATIONS PREHISTORIQUES DU SITE

 

L’analyse de l’ordre de superposition des figures permet d’établir une chronologie relative des motifs, mais reste peu satisfaisante. D’une part, elle n’est possible que pour un nombre limité de panneaux, qui n’entretiennent aucune relation entre eux. D’autre part, elle ne permet en aucun cas de rattacher les motifs à un faciès culturel déterminé. En ce qui concerne la chronologie absolue, nous disposons de plusieurs datations réalisées sur des motifs exécutés au charbon de bois par la méthode C14 AMS (Moure Romanillo et al., 1996). Ces quelques datations suffisent pour ancrer chronologiquement les occupations préhistoriques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La période récente du Paléolithique supérieur est représentée par des dates qui ciblent le Magdalénien supérieur cantabrique, le Magdalénien ancien cantabrique (16.980 B.P.) et le Solutréen (19.140 B.P.). Celles-ci ne touchent évidemment que le « dispositif noir » de la grotte. Toutefois, la série de 33 omoplates gravées, découvertes par Obermaier en stratigraphie, permet de rapporter au Magdalénien ancien cantabrique les figurations de biches striées de la grotte elle-même (Almagro Basch, 1976 ; Fernández-Lombera, 2003). La date de 16.850 ± 220 B.P. (OxA 971) obtenue sur une pointe de sagaie du gisement permet de fixer ces interventions en termes de chronologie absolue. Enfin, les datations directes ou indirectes faites dans plusieurs sites rapportent les mains négatives au Gravettien. Nous pouvons donc considérer, à titre d’hypothèse de travail, que les 78 mains négatives que nous avons recensées dans la grotte appartiennent à ce faciès culturel. La date de 22.340 ± 510 B.P. (GrN 18574) obtenue dans la grotte cantabrique de Fuente del Salín (Moure Romanillo & González Morales, 1992), célèbre pour ce type de motif, pourrait suggérer l’époque de leur facture en termes de chronologie absolue. Toutefois, nous avons mis en évidence l’existence de plusieurs « générations » de mains négatives au Plafond des Mains. Certaines d’entre elles, partiellement recouvertes par d’autres, sont beaucoup moins lisibles. Elles ont donc pu être exécutées au cours d’une période antérieure.

 

Ce cadre chronologique reste évidemment trop partiel, et il devra être précisé par l’utilisation d’autres méthodes. Les recherches faites au départ de la série de l’uranium-thorium apporteront peut-être, à cet égard, des éléments de réponse en termes de chronologie absolue. Si les dates très hautes obtenues sur des prélèvements de calcite devaient être confirmées, il faudrait alors admettre une exploitation du réseau dès l’Aurignacien et peut-être même avant, ce dont témoigne la date de 41.400 ± 5.700 ans obtenue pour un disque du Plafond des Mains (Pike et al., 2012). Enfin, il faut encore rappeler que l’art pariétal de la grotte comporte aussi des figures humaines schématiques, intégrées dans notre inventaire, qui ont été rapportées à l’Âge du Bronze (Díaz Casado, 1993 : 21-29).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au total, il est acquis grâce aux éléments dont nous disposons que le site a été utilisé par des groupes durant tout le Paléolithique supérieur et au cours de l’âge du Bronze, ce qui constitue par rapport aux autres grottes ornées une situation suffisamment exceptionnelle que pour être signalé.

 

Datations C 14 AMS faites sur des motifs au charbon de bois (les numéros des motifs ne correspondent pas à ceux de notre inventaire, mais à ceux donnés par les auteurs dans la publication).

Datations U/Th faites sur calcite (les indications fournies ne correspondent pas à celles de notre inventaire, mais à celles données dans la publication de Pike et al., 2012, supplément).

 

ORIENTATION BIBLIOGRAPHIQUE

 

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